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Jean-Yves Rochex

Préambule : À quelques mois du renouvellement des Conseils de l’Université, nous voulons recréer un espace politique ouvert, en pariant sur la transparence, sur des débats réels concernant le projet et la gestion de Paris VIII, en refusant les pratiques autoritaires et occultes, pour travailler à (re)construire une politique universitaire qui soit à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Le présent texte est une première contribution à ce travail.


Renouvellement des Conseils centraux :
Redéfinir un projet politique et démocratique pour Paris VIII



Le renouvellement des trois conseils centraux de l’Université doit avoir lieu dans quelques mois. Le bilan de ces conseils et de la gestion de Paris VIII depuis quatre ans reste encore à faire, mais d’ores et déjà il paraît lourd et obéré, d’une part, par l’absence cruelle de vision et de projet à l’échelle de l’Université, de l’autre, par une gestion autoritaire et opaque, au cas par cas, sans concertation ni débats, qu’ont encore illustrée les derniers événements que nous venons de vivre. D’où de fortes tendances à la balkanisation, à la fragmentation des politiques pédagogiques et de recherche, et l’accroissement parallèle du pouvoir d’instances, statutaires ou non, au départ purement consultatives (Bureau de l’université, réunion des vice-présidents, des directeurs d’UFR…), au détriment des instances élues. Cela dans un contexte national où l’Université et ses missions sont fortement mises à mal.

Renouer avec la transparence et la concertation

Pour rompre avec ces habitudes désastreuses, nous souhaitons que puisse être élaboré dans la plus grande concertation et la plus grande transparence un véritable projet démocratique pour Paris VIII. Nous voulons commencer par rompre avec les pratiques de constitution de listes par discussion de couloirs ou démarchages individuels, sans projet ni propositions clairement annoncés et collectivement élaborés, et avec les alliances sans principes et les stratégies individuelles qui ne manquent pas de s’en suivre. Il nous semble nécessaire pour cela d’affirmer un certain nombre de principes et de propositions concernant la politique universitaire en général, la politique et la gestion de Paris VIII en particulier, à partir desquels puissent s’engager les discussions et concertations permettant d’aboutir à la définition d’une politique pour notre Université. C’est pourquoi nous soumettons les principes et propositions suivants au débat collectif et considérons que ce n’est que sur la base de ce débat qu’il pourra être décidé de la constitution de listes porteuses de ce projet démocratique que nous souhaitons pour Paris VIII.
Une université de masse et de qualité dès le premier cycle

Dans le contexte actuel de réorganisation de l’enseignement supérieur et dans notre contexte socio-géographique, il nous semble essentiel de réaffirmer que nous sommes partisans d’une université qui soit à la fois une université de masse, vecteur de démocratisation de l’accès au savoir, et une université de haute ambition intellectuelle, lieu de recherche et de création de savoir, et que nous nous engageons à œuvrer à l’encontre de toute logique qui aboutirait à privilégier l’une de ces finalités au détriment de l’autre. La qualité des formations et l’efficacité de la recherche repose sur les collaborations et les partenariats entre équipes d’enseignement et de recherche, non sur leur mise en concurrence.

Nous récusons les conséquences des politiques d’autonomie des universités et de mise en œuvre du LMD qui accroissent et entérinent la concurrence et la hiérarchisation entre établissements et entre filières, et demeurons attachés au principe d’un référentiel national, voire européen, des diplômes, qui soit une garantie de qualité des formations et de mobilité possible pour les étudiants, ainsi qu’au monopole de délivrance des masters par les universités. Les nécessaires collaborations et formations interdisciplinaires ne se développent pas au détriment des formations disciplinaires qui en sont la base. Les liens entre enseignement et recherche, entre premier cycle et cycles suivants, doivent être renforcés, plutôt que distendus. En particulier, nous refusons que les enseignements de premier cycle soient attribués à certains collègues qui ne feraient plus de recherche ou seraient mis dans l’impossibilité d’en faire.

Les caractéristiques du recrutement de Paris VIII, et les indicateurs de résultats disponibles sont un des axes de réflexion essentiels pour l’élaboration d’un projet pour notre université : non seulement elle est une des universités françaises dont les proportions d’étudiants issus des milieux populaires ou titulaires de baccalauréats technologiques ou professionnels sont les plus importantes, mais elle est celle dont la probabilité de réussite en DEUG et en Licence est la plus faible. Ces indicateurs sont certes imparfaits, mais ils nous incitent à être particulièrement vigilants quant aux risques de clivage interne entre des formations de premier cycle “massifiées“ mais très fortement sélectives, et des formations de Master et de Doctorat recrutant de moins en moins parmi les étudiants de premier cycle, évolution déjà en cours (cf. les données de l’OVE).

De meilleures conditions de travail

La mise en concurrence actuelle, pour chaque enseignant-chercheur, de ses activités de recherche, d’enseignement et d’administration ne bénéficie ni aux étudiants ni à la qualité des cours, ni à la coopération avec les IATOSS, ni à l’avencée globale de la recherche. La concurrence entre collègues contribue en revanche à dégrader les conditions de travail, surtout pour ceux qui sont les “moins bien placés“. Notre Université doit prendre le contre-pied de ces logiques, maintenir pour toutes les catégories de personnel, enseignants et IATOSS, le cadre collectif de préparation des services, attribuer de façon transparente les promotions et détachements, et favoriser par des mesures appropriées la préparation de l’HDR par les MCF.
Des instances et des élus exerçant démocratiquement leurs mandats

La période récente d’élaboration de notre offre de formation dans le cadre de la réforme LMD a été l’illustration d’un mode de gestion que nous ne voulons plus voir se reproduire : opacité, absence de concertation, précipitation et culture de l’urgence, tentation de l’autoritarisme, multiplication d’instances non élues, absence de vision et de débat collectifs sur l’avenir de notre université. Il faut renouer avec une véritable démocratie universitaire, basée sur la discussion et l’élaboration collectives, sur la compétence et la déontologie des personnels. Il faut redonner vie aux conseils et à toutes les instances élues, aux activités desquelles leurs membres doivent s’engager à participer régulièrement et activement, et dont les débats et les décisions doivent être portés à la connaissance de l’ensemble des personnels, de manière systématique et interactive. Ce qui implique un réexamen des statuts et des modes de fonctionnement de notre université, qui devra être mené, ainsi que l’examen d’une éventuelle réorganisation des UFR, de manière concertée, transparente et démocratique. Ce qui implique également que les instances élues de notre université (conseils, bureau et Présidence) rendent des comptes à leurs mandants, et se considèrent comme représentants d’une université force de proposition et de débat critique sur les questions de politique universitaire et de recherche, et non pas comme les relais ou les courroies de transmission des instances gestionnaires étatiques et ministérielles.

Contre la marchandisation des formations universitaires

Dans un environnement national et international de marchandisation de l’éducation et de la formation, et de mise en concurrence des établissements, nous affirmons la nécessité de construire des alternatives de service public pour satisfaire les besoins de formation et de promotion sociale, en matière de formation initiale, de formation permanente ou d’éducation tout au long de la vie. Les formations professionnalisantes ne sauraient être développées de manière parallèle et indépendante des formations disciplinaires et de recherche. Elles ne doivent pas être le cheval de Troie des logiques de marchandisation de la formation universitaire, ni la caution des logiques de désengagement financier de l’État. Elles doivent être, au contraire, une confrontation fructueuse aux situations contemporaines, et une occasion pour l’université d’être force de proposition en matière de qualification et de profils de métiers.

L’enseignement, comme la recherche, doivent reposer essentiellement sur des financements publics et pérennes. Le financement de projets de recherche par contrats ou actions concertées ne doit pas se faire, comme c’est le cas avec la mise en place de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche), au détriment des financements récurrents, seule garantie de continuité et d’autonomie du travail des équipes et laboratoires, qui ne saurait être assujetti à des logiques de rentabilité immédiate, ni même d’innovation à court terme. De même, le renforcement du rôle que joue Paris VIII en matière d’accueil d’étudiants étrangers et de collaboration internationale, notamment avec les pays du Sud, ne doit pas obéir à une logique marchande mais à une logique de coopération et de développement qui se situe à l’encontre des visées commerciales de l’agence Edufrance mise en place par le ministère.

La mise en œuvre de ces principes et leur traduction en mesures concrètes sont impossibles sans augmentation conséquente des moyens financiers et en personnels, enseignants et IATOSS, pour améliorer le taux d’encadrement et de réussite des étudiants, mais aussi les conditions de travail de tous, incluant l’amélioration de l’état des locaux et le respect de ceux-ci, pour aller à l’encontre de l’alourdissement des tâches administratives et gestionnaires qui pèsent de plus en plus sur les enseignants-chercheurs, au détriment de leur travail d’enseignant comme de leur activité de recherche. Cette exigence à l’égard de notre ministère de tutelle ne saurait dispenser d’étudier les mesures propres au fonctionnement administratif et comptable de Paris VIII nécessaires pour aller en ce sens.

Texte rédigé par Jean-Yves Rochex sur la base de discussions collectives.

20 juin 2005, modifié à la réunion du 14 septembre 2005


Date de création : 04/11/2005 @ 15:42
Dernière modification : 01/06/2006 @ 11:01
Catégorie : Textes individuels
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