http://opinions.lmd.p8.free.fr/p8autrement/
Cher collègue,
Tu auras eu le mérite d’avoir été le premier à annoncer ta candidature pour la présidence de Paris 8. Et de rendre public un projet explicitant le contenu de ta candidature.
Se présenter, c’est aussi s’exposer. Avec les risques que cela comporte. Il est dès lors normal que le débat s’engage, avec sincérité, franchise et force, mais toujours dans le respect des personnes.
Cette réponse veut rester dans ce cadre.
Pour juger d’une candidature, nous avons au moins trois critères à notre disposition.
Le premier est sans contexte le contenu du projet défendu, ainsi que le soutien dont il bénéficie. Le deuxième est l’expérience des engagements exprimés par le ou les candidats au cours de ces dernières années. Le troisième est celui de la connaissance du candidat et de ses qualités pour la fonction à laquelle il aspire. Sur ce dernier point, il revient à chacun de se faire sa propre opinion.
En revanche, pour ce qui est du premier, tu présentes ta candidature comme étant dans la continuité des positions défendues l’an passé. Il est vrai que cela transparaît dans la formulation de certains passages de ton texte. C’est ainsi que tu écris : « Or cette formulation présente quelques inconvénients au regard de notre expérience de ces dernières années notamment celle de la mise en œuvre du LMD à Paris 8 notamment. S’il est juste de refuser l’idée d’un enfermement dans un statu quo ou dans une nostalgie d’un âge d’or peu convaincant, il est illusoire de penser pouvoir « jouer » avec ces nouveaux éléments si nous n’en avons pas une lecture et une analyse critique maîtrisée. Nous avons été un certain nombre à porter des analyses en ce sens, et à souhaiter un débat général à P8, mais n’avons pas été soutenu par les instances de l’époque. Le résultat aura été que pour une grande part Paris 8 aura été le jouet de ces nouveaux instruments dont nous sommes en train de payer le prix fort : baisse des effectifs avec à la clé baisse des moyens en heures complémentaires, profusion de diplômes et de parcours sans que les moyens de les financer et que leur « lisibilité » (sic) ne soient assurés, de grandes turbulences dans la façon d’aborder le niveau où doit se situer la sélectivité des cursus, etc. Pour n’en prendre qu’un exemple, que tu connais bien, nous avions dans l’ensemble considéré (enfin j’avais cru) que pour les masters s’inscrivant dans la continuité d’un premier cycle, la sélection devait s’opérer au niveau de l’entrée en M2, la licence donnant droit à l’accès en M1. Nous avions bien sûr perçu, et dénoncé pour certains, que la logique du LMD était de sélectionner à l’entrée du nouveau deuxième cycle donc dès le M1. Certains de tes colistiers ont considéré que nous étions dans l’éternel procès d’intention. Pourtant, il semble bien que dans certaines formations, jusque et y compris en sciences politiques, la sélection à l’entrée du M1 ait été introduite dès l’an passé, pour être remise en cause au vu de la fonte des effectifs un an plus tard….Qui est le jouet de qui ou de quoi en la matière ?
Il nous faut impérativement pour les mois qui viennent être capables non seulement de mener une analyse commune des enjeux mais aussi fonder une stratégie qui nous permettent d’assumer et d’assurer les choix qui seront les nôtres. L’une des spécificités de Vincennes à Saint Denis que tu cites : « s’incarne aujourd’hui par exemple, me semble-t-il, dans la nécessaire démocratisation de l’accueil des étudiants à Paris 8. Pas seulement les recevoir, mais peut-être surtout leur permettre d’assurer leurs études avec succèsCela veut dire revendiquer les moyens d’assurer sa mission de service public. Or ce terme même de service public (pas plus que celui de démocratisation des études), qui implique des exigences pour Paris 8 mais aussi des obligations pour l’Etat, n’est jamais utilisé dans ton projet (sauf une fois, en tant qu’esprit, et à propos de la gestion et non de ses fondements), sans doute au profit de celui de « bien commun » qui est toutefois une notion bien plus « élastique » et donc moins contraignante. Or nous savons que si nous devrons nous appuyer sur nos propres ressources (avec bien des débats en notre sein), cela impliquera aussi des bras de fer avec le ministère. C’est l’un des enjeux des Etats-Généraux dont tu ne souffles mot, alors même qu’en tant que membre du CA, tu en as adopté le principe.
Il me semble donc, à partir des ces quelques exemples, certes partiels, que le projet que tu présentes souffre d’une grande fragilité du point de vue de la force des convictions qui le traverse, et ne révèle pas un ancrage principiel très assuré.
Pour ce qui est « de l’expérience des engagements exprimés par le ou les candidats au cours de ces dernières années », cela me semble essentiel dès lors que l’on aborde la question de l’organisation de Paris 8 et de ses modalités de prise de décision, que tu évoques sous le terme de gouvernance. Tu écris que « et tu as raison. Il y a un travail considérable à faire dans notre Université pour retrouver une certaine sérénité et confiance que l’on sent bien affaiblie au quotidien, ce qui est source d’un profond malaise. Certains parleront, peut-être de façon excessive, d’une certaine moralisation des mœurs. De ce point de vue, le futur président doit être à mon sens irréprochable. Or me revient inévitablement en mémoire, pour en avoir été acteur et publiquement malmené à l’époque, un épisode douloureux de la vie de notre Université, en 2003 à l’UFR 2. Un mois avant le renouvellement du conseil d’UFR, le directeur est « débarqué » et remplacé par un administrateur provisoire chargé notamment d’organiser les élections. Peu importe ici de savoir si cela était justifié ou non au-delà du fait que c’était légalement possible. Il n’empêche que les élections ainsi préparées par l’administrateur provisoire, nommé par Pierre Lunel, auront donné lieu à des manipulations de listes électorales. Le tribunal administratif, auprès duquel j’avais fait recours, avec d’autres, procédera à leur annulation par délibération du 28 janvier 2003 au motif qu’elles étaient « constitutives d’irrégularités susceptibles d’avoir altéré la sincérité du scrutin », décision confirmée le 25 février 2003. Le plus surprenant dans cette affaire, dont tu étais partie prenante puisque candidat, aura été l’indulgence à l’égard de pratiques fort peu démocratiques. Tu reconnaîtras que cela puisse inciter à la prudence quant au profond attachement aux principes démocratiques. Nous avons trop souffert, dans cette dernière période, des accommodements pour ne pas y être particulièrement sensibles.
Cette exigence de clarté est indispensable aussi pour avoir la force de définir ce que doivent être les orientations que veut défendre Paris 8, et permettre ainsi, à partir de celles-ci, de redonner un sens à la mise en œuvre de nos décisions et au fonctionnement de notre université. C'est-à-dire, en effet, tout l’inverse de la toute théorique usine à gaz qu’est Paris8 2008 qui incarne la mise sous tutelle technocratique de notre université. Nous nous rejoignons sur ce point. Redonner du sens, c’est se donner les moyens d’inscrire les potentiels, qui sont importants parmi les personnels, dans une dynamique efficace. Prendre les décisions, mais aussi veiller à leur mise en œuvre en toute transparence et avec une certaine constance que la valse des secrétaires généraux ou agents comptables n’aura pas permis ces dernières années. Mais comment exiger de la rigueur de la part des services si la tête de l’université ne l’incarne pas à sa façon ?
Tu commences à me connaître et tu connais donc ma franchise. Cette contribution n’y fait pas exception. Elle veut s’inscrire dans le débat auquel ta candidature contribue, débat indispensable pour l’avenir de notre université. De toutes les façons, après l’échéance du 30 octobre, il nous faudra trouver ensemble les voies d’un avenir plus souriant pour Paris 8.